___Je ne bouge pas et me contente d'observer. Je me sens si étrangère à côté de toute cette joyeuse ribambelle. Cette ambiance ne devrait-elle pas me réjouir et m'enthousiasmer ? Et pourtant, je reste de marbre et impassible. Mes lèvres se glacent, les mots demeurent muets. Mon oreille virevolte d'une conversation à un autre sans en percevoir le sens. Peu importe, je suis absente.
___Vous me semblez tous si lointains, alors que nous sommes serrés les uns contre les autres. Je pourrais vous effleurer sans difficulté, il me suffirait de tendre la main ou d'avancer d'un seul et unique pas. Pourquoi cela m'est-il impossible ? Qu'est-ce qui me retient ?
___Je ne sais pas ce qui m'arrive. J'ai seulement la sensation d'être inanimée et dépourvue de vie, enfermée dans une cage invisible au milieu de tous. Je n'essaye pas de m'enfuir et me réfugie au centre, repliée sur ce qu'il reste de moi. Je n'ai pas tenté d'opposer une quelconque résistance, je ne me suis même pas battue, je me suis avouée vaincue. J'ai laissé les choses s'installer et je n'ai strictement rien fait. Pourquoi les cris ne me viennent-ils pas ? Pourquoi suis-je coincée ici ? Qui m'a mise là-dedans ?
___Et je revois cette scène. J'étais terrifiée. De quoi je ne sais pas mais j'étais pétrifiée. J'ai trouvé cette cage vide et je me suis protégée bien malgré moi derrière ces barreaux de fer. Je me suis assurée de leur solidité pour que personne ne puisse parvenir à les faire trembler. Je pensais bien faire et ainsi échapper à tout ce qui pouvait m'atteindre. Oui, c'est moi qui m'y suis enfermée. Moi et moi seule. Au lieu d'affronter ces démons qui me pourchassaient, j'ai préféré m'isoler et faire comme ci rien de ce qui me hantait n'existait. Je me suis coupée du monde et je suis restée dans cette cage.
___Je ne suis plus avec vous, je suis ailleurs : mon enveloppe corporelle dépérit derrière ces barreaux tandis que mon âme flotte dans les airs en totale perdition. De ma cellule, je vous observe de mon regard vide. Je n'ai plus l'impression d'exister : je suis devenue inerte et insensible. Je peux encore sourire mécaniquement et vous berner par cette frêle illusion. Mais quel intérêt à mentir et ne dire que balivernes ? Qu'est-ce qui m'empêche de crier, de vous hurler ce malaise, et de me comporter comme un être sincère ?
___Je n'y parviens pas. Chaque révolte s'étouffe dans ma gorge. Le son de ma voix s'est éteint, et de toute manière, je ne saurais quoi hurler. Et c'est bien cela le pire. Transformer ses joues en véritables torrents sans en connaître les raisons. Je sais juste que l'eau ne cesse de couler. À croire que je commence à me noyer dans mon propre océan.


